La carpe

 

Les maîtres chinois nous ont avertis que pour dessiner une carpe il n’est pas suffisant de connaître sa morphologie, d’étudier son anatomie ou encore de comprendre les fonctions biologiques vitales à son existence.

Ils nous disent qu’il faut tenir compte des joncs contre lesquels la carpe se frotte tous les matins dans sa recherche de nourriture, de la pierre derrière laquelle elle se cache, et même de l’eau qu’elle déplace alors qu’elle accélère vers la surface.

Ces éléments ne doivent pas être considérés comme un environnement pour le poisson, ou son milieu d’évolution, ou encore un scénario dans lequel la carpe s’inscrirait. Ils appartiennent en fait à la carpe elle-même du moment où on ne la traite pas comme un organisme particulier avec ses fonctions propres.

La carpe doit être appréhendée comme une puissance capable d’affecter et d’être affectée par l’univers dans son entier.

Autrement dit : le pinceau ne devrait pas faire le dessin d’un individu aux contours déterminés, connus, mais faire l’esquisse de sa vie constituée des traces laissées en arrière et des impressions nées dans le silence.


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


     

projets